PERCEPTION DES RISQUES INDUSTRIELS



Qu’est-ce que c’est ?

L’équipe de Socio-Scop a pu mener une étude sur la perception du risque sur un territoire où est implantée une centrale nucléaire. Cette enquête a été réalisée auprès de différentes personnes et institutions concernées à divers degrés par ce risque : collectivités locales, salariés de la centrale, associations, habitants. Les résultats de l’étude ont montré que l’appartenance à ces groupes ne suffisait pas à expliquer le rapport au risque des individus étudiés. L’âge, le sexe, le niveau de revenu sont autant d’éléments qui agissent dans le processus de construction du rapport au risque. Comment la perception du risque par la population peut être intégrée à la gestion et la mise en œuvre d’actions de prévention liées aux risques en général ?

Ceci a amené l’équipe à interroger la notion de « perception » des risques, concept abordé principalement par le biais de sensations physiques ou psychologiques. De sorte que le champ de l’analyse des risques a développé des compétences par le volet psychosocial ou en termes d’analyse thermique, informatique, électronique puisant dans les compétences d’ingénierie. Mais, il nous apparaît que l’aspect spécifiquement sociologique constitue un angle mort de l’analyse du risque.


Socio-Scop aborde sous un autre angle la notion de « perception de risque ». Jusque-là, la notion engageait surtout des aspects matériels, émergeant par le biais d’un «évènement ». Ainsi, l’accident prend une dimension de juge de paix dans la mesure où c’est l’avènement d’un scandale qui transforme un risque industriel en un fait social.

L’équipe se propose de traiter la notion de « perception de risque » dans l’ensemble de son processus de construction sociale :

- En abordant dans un premier temps les processus de construction d’un risque comme « cause publique » (déterminants permettant de produire une opinion, de la diffuser, de se mobiliser et se positionner autour d’elle).

- Ensuite par la prise en compte des rapports sociaux comme critère de différenciation vis-à-vis de l’impact d’un accident ou d’un risque d’accident (protection de soi, gestion du stress, anticipation du risque…).



Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que ça apporte ?

1. Etudier le lien entre l’évaluation et l’acceptation du risque

- Mesurer l’état de connaissance du risque d’une activité. Si aucun risque n’est perçu, ceci manifeste l’inexistence sociale de l’activité en dehors de ceux qui la produisent.

- Mesurer le niveau de dangerosité d’un risque, des éléments sur lesquels il repose (sécurité des personnes, environnementale, degré de létalité…)
- Mesurer le degré de légitimité accordé à l’activité potentiellement génératrice d’accident.

- Déterminants sociaux de l’acceptation de ce risque.


2. Mode d’organisation des relais d’information et lanceurs d’alertes

L’étude des modes d’organisation et de l’émergence de groupe sociaux créant les alertes, ou relayant les risques permet :

- De déterminer les forces sociales permettant de mettre en question l’activité.

- De préciser et décrire les capitaux préalables ou ressources qui autorisent à émettre une opinion ou une prise de position socialement efficace.

- D’identifier les catégories sur lesquelles s’organisent l’émergence d’un risque (naturel/artificiel, local/universel, prévisible/imprévisible, ancien/nouveau, propre/sale, bénéfique/nocif...)


3. Etudier le rôle (ou l’absence de rôle) des médias dans la diminution, la distorsion ou l’amplification de la perception du risque

Il s’agit de dévoiler le processus de construction du risque industriel, il est possible d’étudier :

- les acteurs qui informent, ou qui ne possèdent pas l’information, permettant d’influer sur la perception de citoyens ou d’acteurs directement concernés.

- Les éléments narratifs à l’œuvre et les signaux convaincants, leur type de reprise, de rejet ou de lassitude selon les catégories de population.

- Les modes de diffusion selon qu’il s’agit d’évoquer un schéma simple « déjà su » par le public, ou bien « encore inconnu » nécessitant des modes ou des procédés de diffusions plus amples.